dimanche 12 mars 2017

Outrage, de Ida Lupino


Outrage commence comme un film noir et se termine comme un mélodrame. Du film noir, Ida Lupino reprend l'idée d'un crime initial jetant la victime dans une spirale de peurs auto-réalisatrices. Ann Walton, violée la veille de son mariage, voit le monde qu'elle connaît métamorphosé en jungle menaçante. Le point de vue que Lupino prête à son héroïne est à la fois paranoïaque, en ce qu'il donne à chaque homme une aura négative, et d'un réalisme implacable : c'est comme si elle voyait pour la première fois les gestes déplacés, les regards libidineux et les remarques équivoques de ceux qui l'entourent depuis toujours. La force du film vient de ce croisement entre l'image mentale et une mise en scène brute, au propos très direct.

Le film se transforme en mélodrame au moment où Ann fuit et rencontre Bruce Ferguson, un pasteur qui amène avec lui une lecture religieuse des événements. Le viol est semblable à un péché originel : commis par un seul homme mais rejaillissant sur tous. Lors d'une scène où elle subit à nouveau les avances plus qu'insistantes d'un jeune homme, elle voit en surimpression la cicatrice qui barrait le cou de son agresseur initial. Ce qui ressemble d'abord à une laborieuse explication psychologique prend avec cette idée de blessure une autre dimension : il n'est plus seulement question de la guérison d'Ann mais de la responsabilité portée par tous les hommes. 

lundi 30 janvier 2017

La la land, le snobisme à la portée de tous


Avec La la land, Damien Chazelle ne fait que raviver les meilleures influences de la comédie musicale, mais il le fait en en saisissant une sorte de fil conducteur, qui serait la plasticité de l'espace-temps. L'idée que le montage et la construction du récit se font non seulement dans le temps mais aussi dans l'espace par les couleurs, la lumière, les chorégraphies. L'histoire est dépliée et réécrite perpétuellement, isolant tantôt un personnage dans le plan, le reliant tantôt à un autre au prétexte d'un bruit de klaxon ou d'une mélodie déjà entendue.

Un seul élément détonne dans cet exercice : c’est l’impression, précisément, que Chazelle se livre à un exercice de puriste. Il est comme son personnage un peu snob qui ne tolère que le free jazz. Comme lui il carbure aux références prestigieuses, et comme lui il croit à la magie menacée de l’art pur qu’il s’agirait de préserver (le film sur pellicule, par exemple). Or s’il y a bien une idée étrangère à la comédie musicale, c’est bien ce genre de prétention. Les musicals ont toujours opposé les songes de gens modestes aux caprices risibles des prétentieux : le metteur en scène grandiloquent de The band wagon, les intellectuels français de Funny Face, etc. Cette fois-ci Chazelle inverse le paradigme et nous montre à quoi rêvent les snobs. Pourquoi pas. D’autant qu’il y a une certaine facétie à faire un éloge du snobisme dans cette machine hollywoodienne, probable succès aux oscars et au box office.